Parce que oui, bien-sûr que les idées sont là, que les idées trottent dans ma tête, que mon cerveau entre en ébullition extrêmement souvent et ce depuis mon
plus jeune âge ; bien-sûr que mon esprit est plein d'histoires, toutes plus différentes les unes des autres ; bien-sûr que j'ai des sujets d'écritures pour des vies et des vies, seulement voilà !
Pour que ces idées prennent corps, pour que ces histoires parviennent à effectuer leur transhumance devant les conduire de mon cerveau jusqu'à la feuille blanche, en passant par ma main et la
plume de mon stylo, il n'y a pas un pas, il n'y a pas un fossé... C'est un effroyable abîme qui sépare le haut de mon corps du bout de mes doigts. Et cet abîme, je le redécouvre à chaque nouveau
projet, à chaque lancement de travail.
Par exemple : Depuis quelques jours, je me suis de nouveau mis au travail, je suis " entré en écriture " et la surprise qui fut la mienne à la vue de cet abîme m'a afligé. Comment, depuis
tout le temps que je pratique ; comment suis-je encore surpris par ce trou gigantesque ( un peu plus à chaque fois ) ; comment et pourquoi ne suis-je pas habitué, enfin habitué à la dureté de
cette tâche ?
Alors voilà ! Je crois bien que je ne m'y ferai jamais, que je serai éternellement surpris et que ma mémoire effacera éternellement ce fameux instant où, mon esprit en ébullition et
ma plume à la main, je m'attelle à l'ouvrage, effrayé par l'ampleur de la tâche, paralysé par l'effort à venir, heureux aussi de savoir qu'à un moment ou à un autre, je regarderai ce gouffre, cet
abîme infranchissable et que je le regarderai de l'autre côté, un peu de trois-quart, comme on regarde un danger que l'on vient d'éviter dans son rétro, le sourire aux lèvres, les battements de
son coeur se calmant, heureux et fier d'avoir pu, une nouvelle fois, traverser !